Ma Conscience
Ma conscience…
ce n’est ni un visage ni une voix…
c’est une sphère, et à l’intérieur un bâtiment…
à plusieurs étages… infini…
avec des escaliers vers le haut et vers le bas…
avec des pièces où l’on peut entrer… mais pas rester…
une multitude de labyrinthes.
Je suis presque jamais à l’intérieur…
le plus souvent, je regarde ce bâtiment de l’extérieur…
comme si je le construisais et l’étudiais en même temps…
mais quand je me retrouve dedans…
des fois une promenade…
des fois une épreuve… un quest…
toujours un jeu… une aventure.
Là, quelqu’un chasse…
quelque chose pose des questions…
quelque chose s’effondre…
un mouvement permanent…
des pièces apparaissent et disparaissent.
Et il est impossible de simplement s’asseoir.
Chaque pièce teste.
Chaque étage questionne.
Chaque passage exige de survivre.
Et je survis…
même si je meurs en chemin…
Mais la figure principale, là-bas, ce n’est pas moi.
Il y a la Sphère.
Une entité sans visage… sans genre… sans voix…
comme si Sphèere = le bâtiment + moi.
C’est elle qui décide quand me donner l’accès au contrôle de moi-même…
et quand retirer cet accès.
Elle active le mode d’urgence quand je me brise.
Elle peut retirer mon « moi » pour préserver l’ensemble.


J’agis…
mais je n’ai pas toujours le droit de décider.
Et je le sais.
Je ne disparais jamais complètement.
Même dans l’apathie…
même dans la panique…
même dans le vide…
le bâtiment reste… la sphère aussi…
et nous nous regardons… à trois.
Nous ne nous dissolvons pas.
Et c’est mon effroi…
face à la puissance… face à la grandeur…
comme une adoration de l’océan,
et en même temps une peur de la masse…
et ma protection aussi.
Je suis simplement incapable de ne pas voir.
Voilà pourquoi la dissolution m’est difficile à imaginer.
Voilà pourquoi je ne comprends pas comment on peut « survivre à la mort ».
Ma conscience est structurée autrement.
Pour disparaître,
il faudrait détruire le noyau même.
celui qui, même dans le sommeil,
même dans la crise,
même dans le silence,
observe.
J’ai beaucoup de « moi ».
Mais aucun ne possède le tout.
L’un surveille l’angoisse.
Un autre vit la vie.
Un troisième prend des décisions,
quand la Sphère autorise l’accès.
Je ne les confonds jamais.
Ce sont mes mécanismes de survie.
Mon armée intérieure.
Je découpe tout en parties.
Parce que c’est ainsi que l’essence devient visible.
Je dissèque l’absence comme un anatomiste des organes.
Je démonte moi-même comme un architecte démonte des étages.
Je démonte le monde comme un chirurgien, tissu après tissu.
La vérité ne me fait pas peur,
quand on l’ouvre.
Je vis dans un monde où la mort n’est pas un événement,
mais une fonction.
Je meurs des centaines de fois par jour,
en démontant mon « moi » jusqu’aux atomes
et en le reconstruisant.
La grande mort m’est impossible.
Parce que pour devenir absente,
il faudrait lâcher l’observateur.
Et je ne sais pas lâcher.
L’observateur est intégré.
Il vit séparément.
Il regarde directement à travers moi.
Et la Sphère continue de contrôler l’accès
au bâtiment de moi-même.
Un système d’exploitation idéal
pour une conscience parfaitement éternelle.
